Potosi

Ville minière, Potosi a une place particulière au cours de ce voyage. Presque tous les lieux que je visite présentent un intérêt architectural ou des paysages particuliers. Potosi ne possède, à priori, ni l’un ni l’autre. Juste à côté de la ville se dresse une montagne mais elle n’a rien d’enthousiasmant. Si je me rends dans cette ville, c’est pour en savoir plus sur les conditions de vie des mineurs. Il y a quelques siècles, les conquistadors espagnols ont trouvé des minerais riches dans cette fameuse montagne, notamment de l’argent. Ils ont alors déporté et tué au travail des milliers d’esclaves pour s’accaparer ses richesses. Même si le contexte a changé, les conditions de vie des travailleurs sont toujours très difficiles et peuvent ressembler à l’oeuvre de Zola : Germinal… Le cadre de la page est posé…

La ville

J’arrive donc dans cette ville avec une image déjà lourde et je crains de trouver un lieu pauvre et couvert de poussière (mon imaginaire a bien fonctionné ! ). Il n’en est pourtant rien. Même si Potosi ne possède pas un charme fou, on est loin d’une ville laide. Quelques belles façades colorées pourraient avoir beaucoup de cachet si elles étaient un peu mieux entretenues.

La place principale possède elle-aussi quelques beaux bâtiments. Certains semblent être figés dans le faste passé que la ville a connu. D’ailleurs, au 16ème et 17ème siècle, Potosi avait autant de prestige que certaines capitales européennes.

Par contre, il me semble que les habitants sont plus fermés, plus discrets que dans le reste du pays. Difficile d’obtenir un sourire de leur part, ce que je peux comprendre au vu de l’histoire de la cité.

La mine

Il est possible de visiter une des 200 mines encore en activité dans la montagne. Les bons filons sont tous épuisés et les entreprises internationales se sont détournées de ce qui fût la mine la plus productive du monde. A cette époque, un roi espagnol envisagea même l’idée complètement délirante de fabriquer un pont en argent entre Potosi et l’Espagne, par dessus l’Atlantique donc … Le projet ne se concrétisa pas mais aucun doute qu’il eût été possible de construire le même pont avec les ossements des mineurs qui périrent dans la montagne !

Désormais, les mineurs se sont organisés en coopératives et exploitent par équipe les entrailles de la terre. Pour s’y rendre, il faut passer par une agence qui te fournit le matériel. Et crois-moi que tu vas en avoir besoin, entre autres du casque qui m’a épargné une ouverture du crâne une bonne dizaine de fois. Il est de coutume que les visiteurs apportent avec eux des cadeaux pour les mineurs (feuilles de coca, boissons, dynamite …) achetés au marché des mineurs. Chaque tour y passe donc.

Les minerais sont extraits à l’ancienne, au marteau piqueur. Chaque équipe ne peut l’utiliser qu’une heure par jour. Les pierres sont ensuite remontées à la surface à la main, via des treuils puis des chariots. L’ensemble est vraiment impressionnant à voir.

On rentre directement à pied dans la mine. Les galeries sont petites, multiples, rarement étayées. Lorsqu’un chariot passe, il faut rapidement trouver un petit recoin pour ne surtout pas ralentir le véhicule de plusieurs tonnes !

Les conditions de vie sont très difficiles et rares sont ceux qui dépassent 50 ans. Les chutes, les effondrements, les accidents avec la dynamite causent une trentaine de morts par an. Mais ce qui tue surtout, c’est la poussière de silice qui bouche les poumons et tue lentement mais sûrement.

La chaleur est parfois difficilement supportable rien que pour se déplacer alors je n’ose imaginer lorsqu’il faut extraire et trier des roches. En fonction des équipes, le temps de travail varie de 6 à 8 heures par jour, sans manger pour éviter d’ingérer de la poussière. Lorsque le père de famille meurt, l’aîné doit assumer la vie de la famille et se retrouve, de fait, dans la mine, parfois très très jeune.

On oublie parfois la chance que l’on a en Occident… Cette visite permet une bonne prise de conscience de la facilité et du confort de nos vies quotidiennes. Lorsque je me plaindrai pour une broutille, je repenserai à la vie des mineurs de Potosi.

INFORMATIONS PRATIQUES

Auberge de jeunesse : Residencial felcar, très proche du centre ville pour 35 BOB la chambre double avec eau chaude et un wifi pas terrible. Lorsque je parlais plus haut du fait que les gens sont relativement fermés sur Potosi, l’hôtelière en est un parfait exemple. Accueil très froid quoique poli lorsque j’y étais. A se demander si je ne l’ennuie pas profondément.

Déplacement :  15 BOB pour venir depuis Sucre en 3 heures environ. Quelques jolis paysages sur la route.

Entrées : 70 BOB pour un tour organisé dans les mines via l’agence « Silver Tour ». Une très bonne expérience avec un guide qui connait les conditions des mineurs pour l’avoir lui-même été il y a quelques années. Il nous a permis de rencontrer tous les corps de métier en nous emmenant profondément dans les recoins de la mine. Je recommande chaudement. Prévoir également quelques BOB (12 pour moi) pour les cadeaux au marché des mineurs.

Une réflexion sur “Potosi

  1. Dumont dit :

    Ce n’est manifestement pas la Silver Economy….
    Dire qu’il y a un siècle il y avait des choses équivalentes dans nos mines, à la Zola !…. et encore ce n’était pas pour de l’argent, ……. (désolé du mauvais jeu de mots..)

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